RUINES : chronique d'une chasse aux sorcières séropositives


Le documentaire RUINES raconte une chasse aux sorcières des temps modernes contre des femmes séropositives en Grèce


1 décembre 2013 - 682 mots  
2247     dernière mise à jour le 28/11/2014   Comments

RUINES raconte l'histoire de plus de 30 femmes qui ont été persécutées et présentées comme des «prostituées infectées par le VIH», dans une campagne orchestrée politiquement dans la perspective des élections de mai 2012 en Grèce.

"Ruines : chronique d'une chasse aux sorcières séropositives" Un film réalisé par Zoé Mavroudi

"Ruines : chronique d'une chasse aux sorcières séropositives"
Un film réalisé par Zoé Mavroudi

Quand elle était petite fille, son rêve était de devenir photographe. Caméra au poing, elle prenait des photos de ce qui lui plaisait dans son village : "Tout. Les petits enfants qui jouent, un passant, une belle fleur... Je serais allée à différents endroits du village, les cascades, la montagne, la mer et j'aurais photographié des paysages ."

Mais son rêve ne s'est pas encore réalisé. Et il pourrait ne jamais se réaliser car, dans la plus cruelle des ironies, ce monde de la photo qu'elle aimait a été utilisé par l'État grec pour la vilipender et la dégrader, en placardant sa photo partout dans les médias, en la nommant et en la couvrant de honte, elle, comme au moins 32 autres "prostituées infectées par le SIDA" qui, selon la police, avaient délibérément infecté des hommes en ayant des rapports sexuels non protégés.

Ces femmes ont été ramassées dans les rues autour de la place Omonia, en plein centre d'Athènes, dans une opération dite de «balayage» en avril, quelques jours avant les élections de mai 2012. Beaucoup souffraient visiblement d'une utilisation importante et prolongée de drogues dures - des cibles vulnérables pour la police, qui sur une période de plusieurs jours, a détenu plus d'une centaine de femmes dans le centre d'Athènes, les testant de force pour le VIH dans les commissariats de police et emprisonnant celles qui étaient séropositives.

Une seule de ces femmes - la première à être diagnostiquée - a été arrêtée dans une maison close. Et aucun «client» n'est jamais venu pour indiquer avoir eu des rapports sexuels avec une des autres femmes. Mais cela n'a pas empêché toutes les autres d'être étiquetées comme des prostituées par les autorités et par les médias.

Afin de prévenir les «milliers» de «pères de famille» qui ont prétendument eu des rapports sexuels avec elles, un procureur a alors autorisé la publication des photos d'identité judiciaire des femmes et des photographies en pleine page dans les médias, avec leurs noms, les noms de leurs parents, et d'où elles venaient.

Ces photographies sont difficiles à oublier. Elles montrent des corps maigres, en grande détresse, dont les bras, les cous et les jambes, dans de nombreux cas, ont montré des signes révélateurs de l'usage de drogues par voie intraveineuse.

Zoé Mavroudi lors de la conférence de presse d'annonce de la sortie de RUINES, le 11 septembre 2013. (Photo O. Drot © Okeanews)

Zoé Mavroudi lors de la conférence de presse d'annonce de la sortie de RUINES, le 11 septembre 2013. (Photo O. Drot © Okeanews)

L'histoire poignante de ces victimes de cette chasse aux sorcières des temps modernes a fait l'objet d'un documentaire de 53 minutes réalisé par Zoé Mavroudi.

Ce premier film de Zoé Mavroudi,  Ruines: chronique d'une chasse aux sorcières séropositives, présente des entrevues avec deux des femmes séropositives et leurs mères, ainsi qu'avec des médecins, des avocats, des journalistes, des universitaires et des militants qui ont fait campagne pour leur libération.

Le film revient aussi sur cette loi inhumaine et raciste mise en place par Andreas Loverdos (PASOK), retirée en mars 2013 et réinstaurée par le ministre de la santé Adonis Georgiadis.

C'est un document exceptionnel qui nous vous invitons à découvrir (avec sous titres) :


Informations additionnelles :

- Le site du documentaire ;

- Faire une donation : les recettes du film et les donations serviront à aider ces femmes dans leur combat juridique.

Rebâtir la confiance après un trau­ma­tisme : le cas du SIDA en Grèce, par Zoé Mavroudi.