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Dans le camp d'Amygdaleza, "le passage à tabac fait partie du quotidien"

16 octobre 2013

Droits de l'homme Immigration Justice Police Amygdaleza Aube Dorée camp de rétention Grèce police torture

«Il faudra que le gouvernement décide s’il veut que nous soyons témoins au procès d’Aube Dorée ou que nous soyons des accusés. Le gouvernement du racisme, des camps de concentration, des opérations « Xénios Zeus », en est à mettre en place une industrie de poursuites contre les gens de gauche et les antifascistes, ce qui montre en pratique la réalisation de la coopération entre Aube Dorée et Nouvelle Démocratie»


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«A Amygdaleza, si vous demandez un avocat, c’est le passage à tabac et l’isolement ; si vous protestez simplement, on vous place juste un sac noir sur la tête».

Le camp d'Amygdaleza, au nord  d'Athènes

Le camp d'Amygdaleza, au nord d'Athènes

Par Costas Zafiropoulos

«La première fois, on vous pardonne en vous tapant un peu dessus. La deuxième fois que vous réclamez vos droits, on vous passe les menottes et on vous transfère dans une pièce d’isolement. Ils passent des gants en caoutchouc, pour ne pas laisser d’empreintes, on vous jette par terre et on vous emballe tout le corps dans un sac en plastique noir. C’est alors que commence le passage à tabac. Les bleus partiront dans 1,5 à 2 mois.»

Il s’appelle Mohammed Azim Azam et il est Pakistanais. Il y a trois semaines il a quitté le camp de rétention(*) d’Amygdaleza, où il est resté durant quatre mois. Il connaît au moins 6 de ses compatriotes ayant subi de graves tortures.

«Le passage à tabac fait partie du quotidien, là-dedans », explique-t-il. « Même quand, en été, nous voulions porter de l’eau dans les conteneurs où nous vivions, on nous passait à tabac ». Il explique la gradation de la violence : si vous demandez un avocat, c’est le passage à tabac et l’isolement. Si vous ne faites que protester, on vous passe simplement un sac noir sur la tête. «A Amygdaleza, plusieurs jours doivent passer avant qu’on ne se sente humains» dit Mohammed qui dénonce que les fonctionnaires de l’ambassade du Pakistan à Athènes, en collaboration avec le gouvernement pakistanais, font pression sur les Pakistanais qui sont détenus à Amygdaleza pour qu’ils rentrent au pays, contre leur volonté.

Nous avons rencontré Mohammed Azam dans le cadre de la conférence de presse accordée il y a deux jours à propos des poursuites de type pronazi dont fait l’objet le coordinateur du KEERFA (organisation contre le fascisme et le racisme), Petros Constantinou. «Il faudra que le gouvernement décide s’il veut que nous soyons témoins au procès d’Aube Dorée ou que nous soyons des accusés. Le gouvernement du racisme, des camps de concentration, des opérations « Xénios Zeus », en est à mettre en place une industrie de poursuites contre les gens de gauche et les antifascistes, ce qui montre en pratique la réalisation de la coopération entre Aube Dorée et Nouvelle Démocratie», souligne Petros Constantinou.

La première poursuite, fondée sur des publications calomnieuses d’Aube Dorée, porte sur une communication du KEERFA concernant l’attitude de la police hellénique envers les fuyards Albanais, où le KEERFA faisait état d’une application de fait de la peine de mort, au lieu de procéder aux arrestations et aux procès. La seconde porte sur la communication condamnant la répression barbare du soulèvement des immigrés, à Amygdaleza, le 10 août, suite à un incident de traitement sauvage par les gardes-policiers.

La troisième poursuite vient directement d’Aube Dorée qui a déposé plainte, par le biais de son avocat, contre une communication dénonçant le journal « Ergatiki Allilegyi » (Solidarité ouvrière). «Si quelqu’un doit être poursuivi, ce n’est autre que l’avocat fasciste, le collaborateur salarié d’Aube Dorée, I. Andriopoulos, à cause duquel 200 000 enfants qui sont nés ou ont grandi en Grèce ne peuvent pas acquérir la nationalité grecque», souligne la journaliste de Solidarité Ouvrière, Katerina Thoïdou. «Le zèle dont la Justice fait preuve est extraordinaire, alors que depuis tant d’années elle ne se rendait compte de rien. Nous sommes des cibles. Il y a longtemps, Petros était la cible de Mihaloliakos (ndlr : learder de l'Aube Dorée) et du gouvernement », relève Savvas Mihaïl (EEK), rappelant son récent procès.

(*) "camp de concentration" dans la version originale du texte.

Le journal des rédacteurs.

Traduction : Okeanews