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Les médecins dénoncent l'abolition des soins de santé primaires en Grèce

26 septembre 2013

Santé Adonis Georgiadis Grèce sécurité sociale

L'EOPYY est bradé et vendu au privé. Le ticket d'admission passera de 5€ à 25€ : "Si le ticket d’admission passe à 25 euros, on comprend bien qu’il y aura des refus massifs d’admission dans les hôpitaux, avec tout ce que cela implique pour la santé des citoyens."


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Le pays risque de se trouver sans système de soins de santé primaires à cause des projets du ministre de la santé, Adonis Georgiadis (ancien membre de l'extrême droite LAOS), qui compte intégrer 10 000 employés au plan de « mobilité ». Avant que l’organisme unique de soins de santé (EOPYY) -créé il y a deux ans, en intégrant les créances de toutes les caisses d’assurances- ait eu le temps de se mettre d’aplomb, le gouvernement annonce la création d’un autre organisme de soins de santé primaires qu’il compte créer en ... 15 jours.

EOPYYSelon les médecins de l’EOPYY, les plans du gouvernement risquent de mener à la fermeture des polycliniques d’EOPYY et, dans l’ensemble, de plusieurs structures de santé. Les assurés n’auront donc plus libre accès aux soins de santé. En outre, le ministre a l’intention, à court terme, de transformer l’EOPYY de prestataire de soins de santé en acheteur de services, ce qui augmentera la charge financière pour les patients. De plus, lors de cette transition, la population risque de se trouver privée de soins de santé primaires pour un délai pouvant atteindre un mois. Le ministre de la santé aurait donné l’ordre à ses services d’élaborer une étude afin de palier à ce risque.

Évidemment, ces développements ne tombent pas comme un tonnerre dans un ciel bleu. Dès les premiers jours, l’EOPYY était systématiquement dévalorisé. Mme N. Maniati, membre du CA des Médecins EOPYY de Thessalonique, explique que la dégradation des structures de soins primaires était quotidienne :

il n’y avait pas de réactifs ; les médecins ne pouvaient pas travailler et orientaient les patients vers le secteur privé. Les unités étaient progressivement démantelées. Les médecins étaient mutés pour couvrir les lacunes des commissions de contrôle d’invalidité. Cela impliquait l’annulation de nombreux rendez-vous. Déjà, il y a 3 500 rendez-vous annulés, ce qui affecte la crédibilité de l’organisme. Pour la deuxième année, l’EOPYY ne dispose pas de réactifs et on parle d’une explosion du coût des dépenses liées aux examens diagnostiques.

L’objectif serait que tout, y compris les bâtiments et les infrastructures d’IKA (l’ancien et le plus important organisme assureur de Grèce), soit cédé aux particuliers. D’ailleurs, le gouverneur d’IKA l’avait annoncé, il y a deux ans, en expliquant que les unités de l’organisme seront transformées en centre diagnostiques privés.

Les particuliers invités à effectuer les contrôles sur EOPYY

Par disposition législative, le ministre de la santé charge les particuliers de contrôler les actes médicaux, la tarification des services et l’apurement des comptes entre l’EOPYY et les prestataires de soins de santé qui ont conclu des contrats avec lui.

Parmi ces « particuliers » figurent également des sociétés déjà connues, où sont impliqués des conseillers du ministre qui participent aux deux commissions pour la restructuration des soins de santé primaires. Un exemple : Kyriakos Souliotis, conseiller du ministre, ancien président d’OPAD (caisse d’assurances des fonctionnaires) et ancien président de l’EOPYY qui est, en même temps, membre du conseil d’administration de la société privée ‘Accurate’ qui, avec d’autres sociétés, s’intéresse au marché du contrôle des tarifications de l’EOPYY.

L’Association panhellénique des employés d’EOPYY souligne que tout principe de contrôle est ainsi aboli puisque le fournisseur contrôlé devient employeur de son contrôleur. Il y a ainsi une relation salariée directe entre contrôleur et contrôlé, tandis qu’EOPYY est appelé à en payer les frais, sans vérifier ce qu’il paie. Les organismes publics et leur personnel sont ainsi transformés en marionnettes.

Que deviendront les assurés ?

Il semblerait que le droit de la majorité de la population à des examens gratuits, aux prescriptions, aux examens gynécologiques et, en général, aux soins médicaux, touche à sa fin. On se demande où sera trouvé l’argent nécessaire pour assurer les soins de santé primaires, avec tous les remaniements opérés depuis deux ans. Il est quasiment certain que la participation de l’assuré au coût des examens auprès de laboratoires privés n’en restera pas à 15% mais sera augmenté.

Si le gouvernement procède à la fermeture des polycliniques d’EOPYY, les assurés qui s’y rendent seront dorénavant obligés de s’adresser aux hôpitaux, ce qui mettra le système à genoux. Les hôpitaux qui restent ne pourront pas répondre à cette charge supplémentaire.

Quant aux difficultés pour les citoyens de couvrir le coût croissant des soins, M. Plomaritis, directeur du service de médecine interne de l’Hôpital Agios Pavlos explique :

Nous voyons déjà des patients qui, après être admis à l’hôpital, signent et partent. Surtout ceux qui ne sont pas assurés ne sont pas en mesure d’assumer ces coûts. Si le ticket d’admission passe à 25 euros, on comprend bien qu’il y aura des refus massifs d’admission dans les hôpitaux, avec tout ce que cela implique pour la santé des citoyens.