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Grèce : les témoignages des "damnés" d'Amygdaleza

13 septembre 2013

Droits de l'homme Immigration Santé Témoignages Amygdaleza conditions de détention Grèce migrants

Les témoignages consignés par une délégation qui s’est rendue le 6 septembre dans le « Guantanamo » grec


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Une délégation de SYRIZA, de communautés de migrants et d’organisations contre le racisme (parmi lesquelles le mouvement « Expulsez le racisme ») s’est rendue au camp de rétention d’Amygdaleza, ayant obtenu pour la première fois l’autorisation d’y entrer. Le ministère de l’ordre public a accordé l’autorisation 27 jours après la mutinerie (après avoir refusé 3 fois les demandes soumises par SYRIZA au mois d’août). Durant les quelques heures de présence de la délégation, les membres se sont entretenus avec des dizaines de migrants et de réfugiés détenus. Voici quelques exemples de ce qu’ils dénoncent (les noms ne sont pas publiés, pour des raisons évidentes).

ÁÌÕÃÄÁËÅÆÁ - ÓÔÉÃÌÉÏÔÕÐÁ  ÁÐÏ ÔÏ ÊÅÍÔÑÏ ÊÑÁÔÇÓÇÓ. (EUROKINISSI // ÐÁÍÁÃÏÐÏÕËÏÕ ÃÅÙÑÃÉÁ)

 

Témoignage 1

Il était 8h30 ou 9h00 du soir. On nous avait déjà annoncé que la détention de tout le monde allait être prolongée, pour passer de 12 à 18 mois. À un moment donné, dans l’aile 10, un jeune a quitté le containeur pour demander de l’eau. On ne pouvait plus être dans la cour et « normalement » il devait se trouver dans le containeur. Des agents ont commencé à le tabasser. Le jeune est tombé. Ils ont continué à lui donner des coups de pied, alors qu’il était par terre. Après ça, il restait là, immobile. Nous pensions qu’il était mort. Les autres sont sortis et commencé à lancer des pierres et tout ce qu’ils trouvaient devant eux. C’est comme ça que la mutinerie a commencé…

Témoignage 2

Je suis là depuis 4 mois. Quand je suis arrivé, ils ont gardé mon passeport. Deux mois après mon arrivée j’ai fait une demande de rapatriement « volontaire » parce que je ne pouvais pas supporter les conditions, ici. On m’a dit que ma demande avait été rejetée parce qu’on n’arrivait pas à m’identifier. Ils refusent avoir pris mon passeport.

Témoignage 3

Si un des nôtres viens nous voir aux heures de visite, on le laisse nous voir pour une minute, tout au plus. On nous laisse recevoir uniquement des cartes de téléphone, des cigarettes et de l’argent.

Témoignage 4, 5 & 6

Je suis (Quand je suis arrivé, j’étais) mineur. Mes papiers indiquent une autre date de naissance. On me détient illégalement.

Témoignage 7

Je devais aller au tribunal à propos d’un recours que j’avais introduit contre la décision d’expulsion me concernant. On ne m’a pas amené au tribunal. On ne me dit pas ce qui s’est passé.

Témoignage 8

Dans notre aile, la climatisation fonctionne uniquement de 2 à 4 heures, à midi. Le reste du temps, nous cuisons

Témoignage 9

Depuis juin, un mois et demi avant la mutinerie, il n’y avait plus d’électricité dans l’aile

Témoignage 10

La climatisation ne fonctionne plus depuis le mois de mai dans cette aile.

Témoignage 11

Lors de la mutinerie, ils frappaient sans discrétion. Ils se sont tous fait tabassés pour rien

Témoignage 12

On s’en est pris plein la gueule après la mutinerie. Ils nous insultent et nous frappent, quand l’heure de la cour est finie. Si on sort la tête par la fenêtre ou le pied par la porte, on nous frappe.

Témoignage 13

On nous donne 1 savon tous les 2 mois pour 4 personnes. Du détergent pour la lessive, un petit gobelet par container (8 personnes), qui est vite fini et, ensuite, nous lavons notre linge à l’eau, sans détergent. Beaucoup de gars ont des problèmes de peau.

Témoignage 14

T’as un problème et tu demandes à voir un médecin. On vous dit « Pourquoi ? Quand tu étais dehors, t’allais chez le médecin ? T’as un livret de santé IKA peut-être ? »

(NdT : IKA : organisme de sécurité sociale des employés)
Témoignage 15

3 fois par semaine, les policiers viennent nous dire que nous devons signer pour rentrer au pays, pour ne pas passer le reste de notre vie ici. Mais, même ceux qui ont signé, sont toujours ici, détenus.

Témoignage 16

J’ai très mal à tous mes os, depuis plusieurs mois. On me permet d’aller à l’infirmerie du camp quand mes pilules (cortisone) sont finies et on m’en donne d’autres. J’ai demandé plusieurs fois à aller à l’hôpital pour consulter un médecin, mais on me dit tout le temps qu’on attend voir quand le rendez-vous sera fixé, mais il n’est jamais fixé. J’ai très peur.

Témoignage 17

On ne nous donne pas de balai, pas de serpillère, pas de seau.

Témoignage 18

La nourriture est dégueulasse et en très petite quantité.

Témoignage 19

De la viande (poulet) on en mange une fois tous les 15 jours.

En conclusion, le mouvement “Expulsez le racisme” a indiqué :

Nul besoin d’ajouter de commentaires. Nous y sommes allés et nous sommes repartis l’estomac en compote. 27 jours après la mutinerie, nous unissons notre voix à celle des migrants et des réfugiés détenus : que ces lieux de torture ferment. Rien de moins que cela ne sera suffisant.