Grèce : A. Georgiadis réins­taure une loi stigmatisant les séropositifs (abro­gée par déci­sion de la Cour en mars 2013)


Elles avaient été affichées dans tous les médias grecs. Détenues pendant plusieurs mois, humi­liées et stig­ma­ti­sées, les femmes incri­mi­nées pour séro­po­si­ti­vité avaient toutes été blan­chies de l’accusation de « ten­ta­tives de lésions cor­po­relles graves ». La loi qui avait permis l'opération de ratissage a été abrogée en mars 2013. Le nouveau ministre de la santé Adonis Georgiadis la réinstaure dès son arrivée au ministère. La chasse au sorcière va pouvoir continuer.


2 juillet 2013 - 804 mots  
517     dernière mise à jour le 4/07/2013   Comments

Début mars 2013, les dernières femmes séropositives qui étaient en détention préventive sont innocentées par la Cour. Cet acquittement oblige la direction du ministère de la santé à abolir la loi pour "la protection de la santé publique" adoptée par l'ancien ministre Andréas Loverdos.

Le 26 juin 2013, Adonis Georgiadis prête serment comme nouveau ministre de la santé. Dès le lendemain, il annonce la fermeture à venir d’hôpitaux et réinstaure la loi n° Γ.Υ. 39α/ ΦΕΚ 1002/02/04/2102 (lien en fin d'article) pourtant abrogée par la Cour en mars 2013. Cette loi est contraire aux droits de l'homme. Cette loi a mis au pilori et envoyé en prison des femmes accusées de prostitution et d'avoir transmis volontairement le virus du SIDA à leurs clients.

Cette loi a été utilisée pour mettre en place des opérations de contrôles avec des médecins et les forces de l'ordre.

Résultat : arrestation de plusieurs dizaines de femmes à Athènes, examens médicaux forcés dans les commissariats de police (contraire à toute déontologie) et accusation de "ten­ta­tives de lésions cor­po­relles graves" pour les femmes séropositives, qui, pour la majorité, ne savaient pas qu'elles étaient porteuse de la maladie.

Le procureur avait donné l’ordre de publier les photographies et les données personnelles de 29 d’entre elles, dont 26 étaient en garde à vue. Dès lors, les visages des ces femmes ont fait le tour des émissions people des matinées et de toutes les émissions TV du même genre, tandis que médecins et fonctionnaires défilaient signalant que ces femmes étaient un foyer d’infection dangereux pour la santé publique (lire ou relire ici).

Pour les femmes mises au pilori, le retour à une vie normale après leur libération est devenue plus que compliquée et  rebâtir la confiance entre les travailleurs sociaux et les malades du SIDA en réel combat, comme le montrait Zoe Mavroudi dans cet article.

Extrait :

«  C’était tra­gique  », a déclaré Ourania Georgiou, méde­cin qui traite les patients séro­po­si­tifs à l’hôpital géné­ral Evangelismos d’Athènes. Georgiou a dit qu’elle a com­mencé à appe­ler les chaînes de télé­vi­sion dès qu’elle a vu les cli­chés anthro­po­mé­triques des femmes dif­fu­sés aux infor­ma­tions en mai der­nier, exi­geant qu’ils cessent leur dif­fu­sion. «  Vous n’avez aucune idée de ce que c’est, de faire votre tra­vail pen­dant des années et des années et tout voir détruit par un repor­tage télé­visé en une frac­tion de seconde. Il fau­dra du temps pour réta­blir la confiance avec nos patients. »

L'arrivée de Adonis Georgiadis au ministère de la santé faisait craindre le pire. Il a récemment déclaré : "Ceux qui ne s'adaptent pas meurent". Cela donne une bonne idée du personnage, qui, ouvertement xénophobe, est désormais le patron de la santé en Grèce.

La ré-instauration de cette loi est donc très inquiétante pour les personnes fragiles et les migrants. Lors de sa mise en place par l'ancien ministre A. Loverdos (de la "gauche" du PASOK (!)), il avait qualifié de « grand problème pour la ville, la prostitution clandestine non déclarée et ses rapports avec la transmission du SIDA » en précisant que la transmission «  se fait de la migrante clandestine au client Grec, à la famille grecque »  (Journal Eleftherotypia du 16 décembre 2012).

Bienvenue dans la Grèce de 2013.

Bienvenue dans la "Nouvelle Grèce" de Samaras.

Le document du 26 juin 2013 publié le 1er juillet 2013 sur le site gouvernemental pour la transparence est disponible ici (en grec).

Concernant Adonis Georgiadis (et plus généralement quelques membres du nouveau gouvernement grec):

adonis georgiadis
Adonis Georgiadis
Ministre de la santé
Ancien membre du parti d'extrême droite LAOS.
Déclarations récentes : « être nazi c’est une chose, être pour la junte c’en est une autre ».
Également connu pour ses ventes de livres à la télévision, ainsi que pour des questions parlementaires portant sur le coût que représentent les opérations de sauvetage de migrants clandestins repérés en mer et en danger de mort...
Première décision en tant que ministre de la santé (27 juin 2013): Il annonce la fermeture d’hôpitaux et il réinstaure une loi abrogée par décision de la Cour. Cette loi stigmatise les malades, viole les droits de l'homme et avait déjà envoyé 32 femmes en prison, après que leurs photos, diffusées par les autorités, aient fait le tour des médias.