Anniversaire de la junte en Grèce : ”Si vous connaissiez l’histoire, jamais vous ne la laisseriez se répéter”



23 avril 2013 - 1081 mots  
766     dernière mise à jour le 17/05/2013   Comments

Suite à la publication, le jour de l’anniversaire du coup d'Etat du 21 avril 1967, d’un sondage stipulant que 30% des interrogés regretteraient la dictature, beaucoup d’internautes ont pris l’initiative de raconter les injustices commises sous le régime dictatorial et préviennent du danger des amalgames dans cette période de crise.

Par Sido

JunteColonelsDans la nuit du 21 Avril 1967 , les chars des putschistes occupent les quatre cibles principales du centre d'Athènes : le Palais Royal, l'Assemblée, la Radio et la Centrale téléphonique. Le Roi, qui officiellement n'était pas au courant, promulgue un décret diffusé à l'aube à la radio, installant l’État de siège, suspendant les garanties constitutionnelles et créant des tribunaux spéciaux.

Le coup d’État par la Junte militaire réussira et se prolongera pendant les sept années suivantes.

À l'occasion de l'anniversaire du début de la dictature, le quotidien Elefthérotypia a publié une enquête téléphonique réalisée par l'Institut Métron Analysis avec comme question : « Est ce que les choses étaient mieux sous la dictature ? ». Les résultats du sondage sont plutôt inquiétants : 30% des personnes interrogées jugeraient que la situation était meilleure sous la dictature. Les nostalgiques seraient répartis sur l'échiquier politique grec avec cependant des pourcentages plus faibles à gauche et au centre. Ainsi 71% des électeurs de SY.RI.Z.A auraient répondu de façon négative à la question alors que les résultats pour les partisans de la majorité Nea Demokratia sont plus mitigés puisque 46% regretteraient le régime dictatorial.

Les résultats de l'enquête nous apprennent aussi que 59% des interrogés seraient d’avis que la sécurité était meilleure sous la dictature et 24% estimeraient que le pays avait une meilleure image à l'international.

Cependant, suite à la publication de cette analyse, des réactions négatives se sont faites entendre. Ainsi des voix remettant en cause la fiabilité et la validité de cette recherche se sont élevées. En effet la question peut être jugée trompeuse et cela revient au débat sur l'honnêteté des sondages d'opinion ou dans la plupart des cas (et notamment dans celui ci) le sondé n'a le choix qu'entre deux réponses : oui ou non, face à une question formulée de façon simpliste et nuancée.

Au-delà des doutes sur la méthodologie utilisée, beaucoup soulèvent également le fait que ce genre de sondage risque d'aider à la progression de l'extrême droite. Il est vrai que la crise économique, la montée en puissance du parti néonazi Aube Dorée et les critiques contre un régime corrompu ont fait de l'anniversaire de la dictature une actualité brûlante. Il est vrai aussi que l'on peut voir dans cette enquête le résultat d'une colère qui est certes inévitable mais qui est toutefois mélangée à de l'ignorance - notamment le mythe croissant qu'il n'y avait pas de corruption sous la dictature - et de l'opportunisme.

En effet, il est dangereux, surtout dans les périodes de crise, d'aller chercher de l'espoir dans les moments les plus sombres de l'histoire. À cet égard, il faut également souligner l'initiative de beaucoup d'internautes qui ont mis en place sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook la plate-forme « ακου μια ιστορια » (écouter une histoire) pour relater et surtout rappeler ce que certains ont vécu sous la dictature. Beaucoup ont partagé cette devise: « Si vous connaissiez l'histoire, jamais vous ne la laisseriez se répéter ».

Ainsi, il était possible de lire ces types de messages  : "Je me suis rendu deux fois en Grèce durant la junte. Ce n'était certainement pas mieux. Aucune des personnes que j'avais rencontrée n'aimait vivre dans un état ​​policier". "Certains disent "sous la dictature, nous avions la sécurité." Ouais, c'est ça. Sauf si vous vous opposiez à eux." , "Mon parrain a passé 5 ans en prison à cause de la junte. Demande lui comment c'était la torture." ou "Mes parents ont dû quitter la Grèce avec seulement leurs vêtements sur le dos à cause de la junte".

L'objectif officiel de la junte, dont on ne sait pas trop si elle a été imposée par des forces extérieures dans un contexte de Guerre froide, était de « garantir la paix sociale dans le pays ». La dictature, c'était d'abord la liquidation complète de toute la vie politique habituelle, l'interdiction de quelque trois cents groupements et associations, le pouvoir que le nouveau régime s'est arrogé de prendre n'importe quelle décision en tout domaine, qu'il s'agisse de l'arrestation d'un indésirable ou de la suspension d'un fonctionnaire, d'un règlement sur les transports publics ou d'une révision de la Constitution. Cette « sécurité » que certains regrettent signifiait l'exil, l’emprisonnement, la persécution, la disparition de la carte des vues opposées. D'ailleurs pour le seul tribunal militaire d'Athènes, on estime à environ deux cents le nombre de personnes condamnées pour délits contre l’État pour la simple période Avril-Novembre 1967.

Victimes de la junte

Victimes de la junte - ancien poste de police de la junte, aujourd'hui un musée de la résistance démocratique contre la dictature (photo okeanews)

A cela s'ajoute une presse contrôlée et censurée : en effet l'Article 14 de la Constitution grecque qui protégeait la liberté de penser et la liberté de presse a été immédiatement supprimée. Finalement pour citer l'un des militaires instigateurs du coup d’État, Stylianos Pattakos : «La petite peur est nécessaire. Elle fait du bien aux gens ». Il est également intéressant de rappeler que le dernier des colonels de la junte militaire, Nikolaos Dertilis, mort en janvier 2013, était condamné à prison à vie pour ses actes commis et surtout pour avoir assassiné un étudiant lors de la répression sanglante d'un soulèvement à l'Institut polytechnique d'Athènes en 1967 et bien que la loi lui permettait de demander la grâce et de se repentir, il ne l'a jamais fait.


Durant la campagne électorale, le chef du parti néonazi Aube dorée Nikos Michaloliakos  vantait  la dictature militaire du pays, dans un discours à Aspropyrgos, près d'Athènes, le 7 Juin 2012. Si le parti fasciste n'est pas le seul parti à compter dans ses rangs des adorateurs de la junte (voir ici), son discours de l'époque (sous-titré en anglais) est sans équivoque :

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