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Maria, les banques et les tueurs à gage : le contrat sur Vaxevanis (HOTDOC 26)

18 avril 2013

Hot Doc contrat Grèce Kostas Vaxevanis Liberté de la Presse meurtre

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Le nouveau numéro de HOTDOC, le magazine publié par Kostas Vaxevanis, le journaliste qui a publié la liste Lagarde et est toujours en attente de son procès, est digne d'un polar. Une enquête sur un scandale bancaire, un banquier qui décide d'engager des tueurs à gage pour éliminer le journaliste, une membre de l'équipe qui panique et se livre au journaliste, une police qui n'enquête pas et une justice qui traine des pieds. Un roman policier dans la Grèce moderne. Sauf que ce n'est pas un roman mais l'histoire dévoilée dans le nouveau numéro de HOTDOC magazine. Okeanews vous dévoile le résumé de cette histoire qui ne semble pas intéresser les médias grecs. 

HOT DOC "Contrat payé - tout le plan d'élimination"

HOT DOC "Contrat payé - tout le plan d'élimination"

HotDoc ​​n°26 (pages 14-41): Maria, les banques et les tueurs à gage : le contrat sur Vaxevanis

La 3ème édition du magazine HotDoc, datée du 24 mai 2012, a révélé des informations sensibles sur des scandales impliquant des banques grecques. Des exemplaires préliminaires avaient été envoyés à d'autres organes de presse. Le 23 mai, Fimotro, un blog souvent dénoncé pour se livrer à la diffamation et au chantage, a publié une photo d'un reçu qui aurait été délivré par le service des renseignements grecs (EYP) au nom de l'éditeur de HotDoc​​, Kostas Vaxevanis. Le reçu était daté du 15 Juin 2011 et indique qu'il a été payé 50.000€ pour des services rendus à l’EYP pour le 1er semestre de 2011. Fimotro, ainsi que d'autres blogs qui ont fait circuler cette photo du reçu, a également joué un rôle en présentant le journaliste Steven Grey de Reuters, qui faisait des recherches sur une histoire similaire sur les banques grecques, comme un «agent» de forces inconnues qui cherchent à ruiner l’économie grecque (Reuters a publié à l'époque un long article sur la surveillance dont Grey avait fait l’objet).

L'équipe de HotDoc a ​​dénoncé le reçu comme faux et Vaxevanis a essayé de poursuivre Giannis Papagiannis, l'administrateur de Fimotro, dont le nom est connu du grand public suite à une affaire judiciaire antérieure dans laquelle il a été accusé de chantage. Étrangement, le bureau du procureur a refusé les documents du dossier de l'affaire précédente comme preuve de son identité, et, parce que Papagiannis ne pouvait pas être accusé d'un crime dans le cas de HotDoc​​, Google a refusé de fournir ses données personnelles. L'affaire contre Papagiannis a donc été abandonnée, en dépit des preuves abondantes en ligne sur son identité, y compris, récemment, des articles de blog signés de son nom complet.

Ensuite, les journalistes de HotDoc ​​ont commencé à recevoir des menaces à peine voilées à travers des amis et connaissances, tout en vivant dans l'impression constante qu'ils étaient suivis. Le magazine a malgré tout continué à mener des recherches sur les banques. En juillet 2012, il a publié une première série de résultats montrant qu’une équipe de l’EYP, dont l’équipe de HotDoc avait révélé les activités illégales par le passé, essayait de les éliminer en collaboration avec de grands hommes d'affaires et des banquiers.

Le 8 septembre, Vaxevanis rentrait chez lui tard dans la nuit dans la voiture d'un ami quand ils ont remarqué deux véhicules stationnés étrangement dans la rue avec les phares allumés. Il a évité les voitures et est entré chez lui par la porte de derrière sans être vu. Tôt le lendemain matin, le 9 septembre, il a entendu son chien aboyer. Il s’est levé et a vu dans le jardin un homme qui se cachait derrière la porte, comme s'il attendait que Vaxevanis rentre chez lui. Vaxevanis a appelé la police, dont l'arrivée dans la rue a effrayé les assaillants présumés - il s'est avéré qu'il en y avait au moins 4 - mais ils ont réussi à s'échapper, d’autant le centre des opérations avait donné un mauvais numéro de maison à la patrouille de police. Lorsque les agents de la sûreté de l'État sont venus plus tard au cours de la journée pour prendre la déposition de Vaxevanis, le commandant a rejeté l'ensemble de l'affaire, affirmant que ce n’était qu’une tentative de cambriolage bâclée. Vaxevanis a rapporté ses observations et celle de ses voisins à la police au sujet de gens qui “flânaient” dans le quartier, mais n'a jamais été invité à donner les noms des témoins oculaires. Il n’a pas non plus bénéficié de la protection de la police, dont de nombreux journalistes éminents jouissent en Grèce. Les médias ont également ignoré la question, alors que certaines personnes dans le milieu des médias ont commencé à chuchoter que Vaxevanis ne cherchait qu’à se faire de la publicité.

Le 17 septembre, une femme nommée Maria a contacté HotDoc ​​et a demandé à rencontrer Vaxevanis, disant que c'était une question de vie ou de mort et que "sa vie est en danger, c'est les banquiers". Elle a affirmé qu’un banquier avait contacté des tueurs à gage de la FYROM et leur avait ordonné de tuer Vaxevanis. Elle a également précisé qu'elle avait signé le reçu de l’EYP elle même, que le même gang avait pour mission de diffamer le journaliste Tasos Telloglou, qui a également publié des rapports critiques sur le même banquier et, surtout, qu'ils comptaient entrer dans les bureaux de journalistes de Reuters pour voler les preuves d'un grave scandale bancaire. HotDoc ​​savait qu'une telle effraction avait déjà eu lieu le 30 mai dans les bureaux de Nikos Leontopoulos de Reuters, mais l'événement n'a jamais été rendu public. Pour que Maria soit au courant de cela, c’est qu’elle était impliquée d’une manière ou d’une autre, et HotDoc a constaté que les «aveux» de Maria méritaient une enquête.

Maria a révélé qu'elle avait été embauchée par une entreprise dirigée par un certain nombre de personnes employées par l’EYP. On lui a demandé dans le cadre de ses fonctions de préparer des reçus aux noms de Vaxevanis, ainsi que d'autres journalistes et un politicien du parti des Grecs indépendants, le tout au nom de «l'intérêt national». Les cibles ont en commun qu'elles enquêtaient sur des scandales impliquant le banquier qui a fait appel à l'entreprise ou les activités illégales du propriétaire de l’entreprise lui-même. Les reçus ont ensuite non seulement été envoyés à des journaux «amis» et à une grande société d'édition d’Athènes, mais aussi aux bureaux de la Nouvelle Démocratie, où un responsable du parti a montré le reçu au nom de Vaxevanis à un journaliste étranger qui l’interviewait sur la liste de Lagarde et l'arrestation de Vaxevanis.

Après l’échec de tentative de diffamation par le reçu, le gang de l’EYP, selon Maria, a lancé trois opérations parallèles. La première visait à diffamer Tasos Telloglou, la seconde à éliminer - physiquement - Vaxevanis, et la troisième à discréditer le témoin-clé dans un procès contre le même banquier qui visait Vaxevanis, en cachant des drogues dans ses restaurants pour l’accuser de trafic de drogue ensuite. Après l'embuscade de la maison de Vaxevanis le 9 septembre, Maria a compris ce dont retournait le «contrat» dont elle avait entendu parler, et, paniquée, elle s’est rendue compte que, après Vaxevanis, elle serait probablement la prochaine sur la liste. Elle a donc essayé de se retirer du gang, sous divers prétextes, mais, puisque ce n'était pas possible, elle a choisi de rencontrer Vaxevanis et lui dire toute la vérité. L'équipe de HotDoc ​​lui a demandé de garder sa position dans la bande du l’EYP afin de pouvoir mener leur enquête en toute sécurité.

Après ces révélations, Vaxevanis a rencontré un notaire pour faire une déclaration au sujet de toute l'histoire, dans un document qui devait être descellé et publié seulement en cas de décès ou sous un ordre explicite venant de sa part. Il a ensuite informé Tasos Telloglou qu'il était lui aussi ciblé. Ensuite, l'équipe de HotDoc a fourni des notes manuscrites remises par Maria à un expert graphologue, Ioannis Makris, qui était auparavant le chef adjoint de la direction de la police hellénique pour les enquêtes criminelles. Makris a pu déterminer que l'auteur des notes manuscrites était probablement la même personne que celle qui avait créé le reçu de l’EYP. En décembre 2012, Makris a rencontré Maria dans les bureaux de HotDoc pour recueillir de nouveaux échantillons d'écriture. Après les avoir examinés en détail, Makris a conclu que Maria était sans aucun doute l'auteur du reçu et que la signature sur le reçu n'était évidemment pas que celle de Vaxevanis.

L'équipe de HotDoc a également pu confirmer les déclarations de Maria en visitant les locaux utilisés par le gang de l’EYP pour surveiller le magazine, où ils ont trouvé des pièces cachées derrière les grilles de ventilation, comme Maria leur avait indiqué. Pendant ce temps, Maria a joué son rôle et faisait semblant d'exécuter l'opération visant le témoin dans le procès contre le banquier. Elle a donné des documents et des photographies de surveillance au sujet de cette opération à l'équipe de HotDoc​​, qui a une fois de plus pu vérifier les informations. Après avoir rassemblé suffisamment de preuves que l'histoire de Maria était bien fondée, l'équipe de HotDoc a apporté l’affaire devant la justice. HotDoc ​​a également reçu un CD avec des conversations téléphoniques enregistrées entre les membres de la bande, dans lesquelles ils discutent des détails de leurs opérations et nomment le banquier qui est derrière l'histoire (pour des raisons de sécurité, des copies du CD ont été données à des collègues de Vaxevanis à l'étranger.)

Début décembre 2012, le magazine HotDoc ​​a été contacté par un, puis deux autres membres du gang, dans ce qui semble avoir été une tentative de rejeter la faute de l'ensemble de l'opération sur le reste des membres. Après deux réunions, HotDoc a ​​choisi de ne pas continuer plus loin ces contacts.

Le magazine note également que des attaques verbales contre Vaxevanis se sont propagées dans les milieux politiques, citant le procès-verbal d'une séance de la commission d'enquête parlementaire sur la liste de Lagarde, dans laquelle le chef du PASOK, Evangelos Venizelos, au lieu de discuter de son propre rôle dans le dossier, insinue qu'un banquier rival finance secrètement HotDoc ​​et que «le Service» (allusion à EYP) devrait être en mesure de le prouver.

Le 26ème numéro de HotDoc ​​comprend un article de fond sur tout ce dossier, ainsi qu'un long entretien avec Maria dans lequel elle raconte l'histoire en détail, une liste des personnes impliquées dans la bande de l’EYP (donnant seulement leurs initiales) et une documentation complète, y compris des photographies, du dossier de l'enquête du magazine.

Disponible dans tous les peripteros et en ligne sur le site de HOTDOC