Grèce : mais où vont les juteuses subventions européennes pour l'immigration ?


12 avril 2013 - 1941 mots  

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dernière mise à jour le 15/06/2014 à 18h51


L'immigration. Un sujet qui fait les gros titres, en Grèce comme ailleurs. "Les immigrés illégaux sont les tyrans de la société grecque", disait le premier ministre actuel Antonis Samaras lors de sa dernière campagne électorale. "Nous allons remédier à ce problème", répondait-il en direct à la télévision aux candidats de l'aube dorée qui lui "expliquaient" qu'il y a trop d'enfants étrangers dans les écoles du pays. Depuis, Antonis Samaras a été élu, l'opération "Xenios Zeus" a été mise en place et des immigrés se tailladent les veines dans des camps de détentions comme seul espoir d'en sortir. Depuis, on rafle aussi des toxicomanes dans les rues d'Athènes dans le cadre de l'opération "Thetis". Ils sont envoyés dans ces mêmes centre de détention, que certains n'hésitent plus à appeler "camps de concentration", pour y passer une batterie de tests médicaux et "donner" leurs données personnelles.

La surpopulation de ces camps de détention et les conditions inhumaines dans lesquelles vivent de nombreux sans papiers pourraient être l'une des conséquences de la crise économique sans précédent que traverse la Grèce. Pourtant, l'Europe alloue un budget conséquent à la république hellénique pour "régler le problème" de l'immigration. Seul hic, la manière dont est utilisé cet argent est d'une opacité telle qu'on ne sait pas où est passée la somme de 162 millions d'euros allouée à la police hellénique, qui n'a pas publié de comptes depuis ... 2008. Et si le spectre de l'immigration était utilisé en Grèce pour continuer à recevoir des aides de l'Europe ? Où vont ces subventions ?

Okeanews vous propose la traduction d'un article d'intérêt public d'Ypopto_mousi publié dans le magazine Unfollow N°13. 

« Il y a du fric à la pelle, Hassan »

Par ypopto_mousi

Des tonnes d’encre, des heures interminables de tournage, de reportage, de montage, de voix hors-champ. L’immigration, c’est le blockbuster de notre époque. La une de la presse est composée de migrants dangereux - des 'clandestins' comme on les appelle – de gens qui en veulent à l’harmonie, la prospérité et l’ordre moral des petites gens, et des moyens. Les chaînes de TV créent des reportages qui n’ont rien à envier aux superproductions pour souligner le « problème », mettre en avant le « phénomène », attirer l’attention des petites gens, et des moyens, précités.

À regarder de plus près toutes ces bêtises, l’on constatera qu’il s’agit d’une campagne de désorientation sans précédent. Mais, plus que tout, il s’agit de cultiver l'ignorance et de canaliser la colère et le désarroi de toute une société souffrant des effets de décisions politiques idiotes prises sur une vingtaine d’années, voire plus, et concernant le chaînon le plus faible de cette société qui ne sont autres que les migrants. Si l’on y voit d’encore plus près, l’on verra clairement que, grâce à ce jeu joué sur le dos des migrants, plusieurs centaines de millions changent de mains. Des millions que l’État grec encaisse de l’Union européenne, à cause du « problème » de l’immigration, et dont la gestion est attribuée à ses inefficaces de ministères.

La « Homeland Security » européenne et les financements

La Commission européenne dispose d’une direction générale appelée Affaires intérieures, chargée des questions de sûreté et de frontières de l’Union européenne, à savoir, l'immigration, l'octroi d'asile, la traite des êtres humaines, la sûreté intérieure, etc. Cette direction est dotée de programmes de financement dont bénéficient tous les États membres de l’UE et qui sont accordés par le biais de fonds thématiques précis. Ces quatre fonds sont les suivants : Le Fonds européen pour les réfugiés, qui finance les dépenses des pays en rapport avec la gestion des flux migratoires ; le Fonds européen d’intégration des ressortissants de pays tiers, dont les financements sont destinés à l’intégration des migrants ayant obtenu l’asile ou la nationalité des pays où ils se sont réfugiés ; le Fonds pour le retour qui finance des programmes visant au rapatriement de migrants et, enfin, le Fonds pour les frontières extérieures qui finance des projets et des actions de surveillance des frontières extérieures des pays membres et, par extension, de l’Union européenne.

Dans le cadre de programmes pluriannuels d’actions concernant ces points, tous les pays membres de l’Union ont bénéficié de financements. Ainsi, le programme SOLID (Solidarité et gestion des flux migratoires) 2007 – 2013, plus précisément, était doté d’une enveloppe globale de 3,97 milliards d'euros. Environ 10% de cette enveloppe ont été reçus par la Grèce pour lui permettre de réaliser les actions correspondantes. Ainsi, en tenant compte du budget alloué en 2013, l’État grec a reçu (2007-2012) ou recevra (2013), au total, 373.743.935,90€ et, ce, toujours sur la base des données publiées par la Commission européenne. Grâce à cette somme, la Grèce occupe la troisième place au classement des financements, devançant des pays tels que la France.

Ministère de protection du citoyen – Pas de comptes à prendre, pas de comptes à rendre

Conformément à l’article 28 de la loi n° 3613/2007, les subventions issues des quatre Fonds européens sont partagées entre deux ministères. Celui des affaires intérieures et, notamment, la Direction des finances de la Direction générale de la Police hellénique, se taille la part du lion. Le ministère de la santé et de la solidarité sociale gère 21.975.198€ provenant du Fonds européen pour les réfugiés, tandis que le ministère des affaires intérieures et, notamment, la Direction des étrangers, gère 20.586.002€ provenant du Fonds pour l’intégration. Les financements issus du Fonds pour le retour et du Fonds pour les frontières extérieures, s’élevant à 331.182.735€, vont à la Direction des finances de la Direction générale de la Police hellénique par le biais du ministère des affaires intérieures.

L’exploitation de ces fonds est entourée de beaucoup de brume. En effet, si l’on a recours au site web de la Police hellénique, l’on constatera qu’il n’existe pas de plan annuel détaillant les dépenses de 2012 liées au Fonds pour les frontières extérieures tandis que l’on ne trouvera pas un seul mot concernant le Fonds pour le retour, puisque le service concerné n’a pas publié de plan annuel depuis 2008 ! En d’autres termes, personne ne sait où sont passés environ 162 millions d’euros !

Tant que le « problème » existe, l’argent coulera à flots.

Selon une communication de la Commissaire C. Malmström, la Direction affaires intérieures de la Commission européenne a l’intention d’augmenter de 40% le budget des Fonds du programme SOLID.  Ceci implique que les pays financés afin de gérer les flux migratoires bénéficieront de subventions accrues lors du renouvellement du programme pour la période 2014 – 2020. Mais, pour qu’il en soit ainsi, il faut que le « problème » continue d’exister.

L’État grec fait tout ce qu’il peut pour que le « problème de l’immigration clandestine » se pérennise : aucun doute ne doit planer quant à son énorme besoin de disposer de cet argent. Au-delà des fameuses opérations « coup de balais » connues sous le nom de « Xenios Zeus » (Zeus de l’hospitalité…), il mène à bien une tâche beaucoup plus importante qui mérite d’être récompensée par de l’argent européen. Sur 64.010 demandes d’asiles introduites durant la période 2008-2012, seulement 535 ont été reçues, ce qui représente un taux de 0,83% alors que la moyenne européenne est supérieure à 25% ! Mais, l’absence de volonté de prendre sérieusement en mains l’affaire de l’immigration, en dépit de l'activité accrue des services de répression, s’exprime également par un autre élément intéressant. En effet, alors que le budget pour le retour / expulsion / rapatriement de migrants vers leurs pays d’origine s’élevait, pour la période 2008-2011, à plus de 80 millions d’euros, l’État grec a dépensé un peu plus d’un million d’euros, selon le poste dépenses n° 5143 du budget.

Et le spectacle continue

Il est évident que l’intention des services de l’état consiste à entretenir cette situation composée d’agents de police racistes et tortionnaires, de murs et de grillages, de camps d’ « accueil », de fatras bureaucratique et de reporters tragiques-marchands de drame. Comme l’avait dit sur twitter Mme Fotini Pipili, secrétaire à la politique de l’immigration du parti de Nouvelle Démocratie, « Lutter contre le problème national de l’immigration comporte également des bénéfices ! De l’argent européen tout chaud. » Et c’est là, la vérité, en fin de compte. L’immigration c’est de l’argent dont on ne sait pas par quelles mains il passe ni où il aboutit.

Certes, ce qui se passe n’est pas inédit et, certes, nous n’attendons pas de réponses d’un système politique qui a fait faillite, tel que celui qui gère aussi mal tout cet argent. Mais, ce qu'il y a de pire, c’est que ce système déchu est en train d'abattre ses dernières cartes en exploitant des êtres humains qui ne demandent qu'à vivre. Des gens comme Hassan, du Soudan, dont on a entaillé le dos au couteau. Ils quittent des régions où l'espérance de vie ne dépasse pas les 40 ans, voire, les 30 ans, à cause des conflits, des maladies, de la pénurie d’eau et de nourriture, et deviennent les victimes de l’exploitation d’un système mourant et pourtant avide composé de malfrats en col blanc et en casquettes bleues.

Exploiter les hommes a toujours apporté des profits et, comme nous venons de le voir, « il y a du fric à la pelle, Hassan ».

Publié dans le 13ème numéro du magazine Unfollow
Publié sur Okeanews sur proposition de son auteur.
Traduction par Christine Cooreman


HassanMekkiHassan Mekki, un immigrant de 32 ans en provenance du Soudan, montre des cicatrices sur son dos à Athènes, le 5 décembre 2012. Mekki, qui a fui les conflits dans son pays dans l'espoir d'une vie meilleure en Europe, a déclaré qu'il a été attaqué par un groupe d'hommes portant des drapeaux grecs qui ont laissé des blessures profondes sur son dos, sa gorge et dans le cou en Août 2012, environ cinq mois après son entrée illégale en Grèce. Mekki marchait à Athènes avec un ami mauritanien lorsque des hommes à moto et chemise noire tenant des drapeaux grecs l'ont insultés et assommé d'un coup à la tête. Il était couvert de sang quand il a repris conscience et s'est seulement rendu compte plus tard que ses agresseurs, qui, selon lui, étaient probablement liés à l'Aube Dorée, avait laissé de grandes entailles ressemblant à un "X" dans son dos. «Je n'ai pas de papiers, je ne peux aller nulle part pour demander de l'aide», a déclaré Mekki. «Je ne peux pas dormir. J'ai peur, peut-être qu'ils vont me suivre, et ma vie est en danger maintenant.»

   + -
bientôt


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