Énorme scandale en Grèce : 3 hommes politiques impliqués dans le détournement de 10 milliards d'euros de fonds publics



24 septembre 2012 - 1045 mots  
235     dernière mise à jour le 4/02/2013   Comments

3 hommes politiques impliqués dans le détournement de 10 milliards d'euros de fonds publicsLe scandale sismique vient de RealNews (real.gr) et risque de faire trembler un gouvernement déjà fragile.

Trois hommes politiques de premier plan, l'actuel Président du Parlement,  Evangelos Meimarakis (Nouvelle Démocratie) et deux anciens ministres du gouvernement 2004 de Karamanlis (Nouvelle Démocratie) , Michalis Liapis, ancien ministre des transports et des communications et George Voulgarakis, ancien ministre de l'ordre public, seraient impliqués dans le blanchiment de 10,2 milliards d'euros, à travers le groupe de Joannis Karouzos.

Selon RealNews, les trois anciens ministres ainsi que Karouzos achetaient et vendaient des biens immobiliers de luxe. Mais le groupe aurait servi de vitrine masquant des activités beaucoup moins légales : du blanchiment d'argent issu des subventions de l'Etat .

Selon RealNews, des témoignages sous serment et des plaintes décrivent que jusqu'en 2004 le groupe de Karouzos avait une activité limitée. Selon ces mêmes témoins, a partir de 2005, Karouzos aurait obtenu des emprunts et aurait montré des signes d'une richesse dont l'origine reste inexpliquée.

Selon RealNews, les trois hommes politiques sont impliqués dans une plainte venant de Joseph Livanos qui date d'octobre 2010. Livanos, agent immobilier et ancien collaborateur de Karouzos :

- " Les trois ministres ont pris part dans l'investissement de biens immobiliers, ainsi que Nicholas Tsakos [ndlr : entrepreneur] qui, avec la femme de Karouzos, a eu la tâche de faire sortir l'argent de la Grèce dans les paradis fiscaux via une banque étrangère et des sociétés offshore."

Selon RealNews, Livanos indique dans sa plainte :

-"Avec une grande surprise, Karouzos m'a dit que les trois ministres étaient : son témoin de mariage [ndlr : Koubaros en grec] Evangelos Meimarakis, George Voulgarakis et Michalis Liapis et m'a indiqué que l'entrepreneur était Nichoalos Tzakos. Il m'a dit aussi que l'argent qui sortait de grèce représentait un montant total de 10 milliards et 270 millions d'euros. 250 millions d'euros de cette somme se trouvent dans des banques en Angleterre, et l'argent de Karouzos et de sa femme Rebecas Skartoura est une infime partie de l'argent détourné".

Selon RealNews, les plus grosses accusations viennent d'un autre ancien collaborateur de Karouzos, George Zografaki qui est désormais le propriétaire des 19 entreprises de Karouzos. Dans une lettre destinée à SDOE, il indique que le vrai but du groupe Karouzos était de voler l'argent public et de blanchir l'argent des anciens ministres qui détournaient les subventions de l'Etat (principalement de défense) via leurs ministères. Ils avaient créé un réseau dans tous les niveaux du pouvoir ainsi que dans les instances de la justice. L'argent qu'ils prenaient des pots de vin était ensuite reversé dans le groupe de Karouzos. Ensuite, deux représentants du groupe avaient la tâche de blanchir l'argent et de l'envoyer dans les paradis fiscaux après un cours passage dans un pays proche de la Grèce. Les 2 employés prenaient une commission sur le montant de l'argent qu'ils faisaient sortir. Mais les capitaux qui entraient dans le groupe Karouzo n'était pas utilisés dans l'achat de biens. Cet argent passait dans le groupe et une fois blanchit, partait à l'étranger, comme les commissions, et le partage se faisait également à l'étranger. Chaque fois qu'ils envoyaient de l'argent à l'étranger, ils prenaient des emprunts qui permettaient de justifier une somme d'argent légale. L'argent sale équivalent au montant de l'emprunt partait à l'étranger et l'argent des emprunt, légal, était lui ré-investit dans des biens immobiliers en Grèce.

Selon RealNews, Zografakis ne précise aucun nom d'homme politique mais indique que chacun avait son rôle au sein du réseau. Les anciens ministres avaient le pouvoir d'obliger les banques de l'Etat d'aider le groupe pour prendre ces emprunts illégaux et laver leur propre argent sale. Ces banques, a part les emprunts qu'elles donnaient au groupe, fournissaient également des alibis à une banque privée d'un pays proche en fournissant des documents qui "prouvaient" que l'argent était légal. De cette manière, la banque étrangère fermait les yeux et envoyait les capitaux via des compagnies chypriotes offshore à l'étranger. Quand le réseau a obtenu des bénéfices immenses, le couple Karouzos et les anciens ministres ont décidé de mettre le groupe en faillite pour effacer toute trace d'illégalité. Zografaki aurait essayé d'éviter la faillite mais Karouzos lui aurait proposé de participer au blanchiment, sous condition d'arrêter de s'occuper de sauver le groupe.

-"Il m'a dit que l'argent que les anciens ministres lui ont confié est d'un montant de plus de 10 milliards d'euro et qu'il avait le code. Il m'a proposé de prendre la part que je voulais pour que j'arrête de m'occuper du sauvetage du groupe et surtout pour arrêter de regarder les fraudes du passé. Il me disait que même si ce n'est pas ma faute, si tout cela sortait, je serai impliqué."

Les trois hommes politiques ont bien évidemment nié leur implication dans ce scandale et attaquent le quotidien en justice. Mais la démission d'Evangelos Meimarakis serait déjà évoquée, ce qui serait un séisme politique à l'heure des discussions tendues au sein de la coalition et avec la troïka.

Cette information a été dévoilée alors que le  SDOE, la brigade financière grecque, a annoncé avoir une liste d'une trentaine de noms d'hommes politiques qui seraient impliqués dans des affaires de corruption. Une liste qui n'a pas encore été dévoilée de manière officielle mais qui laisse supposer d'autres scandales à venir.

A l'heure où le gouvernement cherche à économiser 11.5 milliards d'euros en proposant des mesures d'austérité toujours plus criminelles, ces 10,2 milliards d'euros détournés, si l'information devait être confirmée, ajouteraient probablement de l'huile sur un feu déjà intense : les manifestants grecs crient depuis 2 ans "Voleurs, Voleurs, Voleurs" en lançant des Moutza.

Il semblerait qu'ils ont bien raison. Mais qui en doute encore ?


Edit du 24/09/2012 - 17h50 : Meimarakis (Nouvelle Démocratie) "suspend" ses fonctions de président du Parlement a cause de l'enquête de corruption et de détournement d'argent public menée par les autorités. Il a demandé au vice-président du Parlement pour le remplacer pendant toute la durée de l'enquête.

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