Syriza : le programme de sortie de crise en 10 points



25 mai 2012 - 1627 mots  
902     dernière mise à jour le 21/12/2013   Comments

Nous entendons beaucoup parler d'Alexis Tsipras ces derniers temps, après son voyage en France et en Allemagne, après le fameux "Hollandréou" qui a fait grogner A. Samaras et E. Venizelos.

Normal, il est le leader de la formation politique qui fait trembler l'Europe et qui poursuit sa conquête en Grèce (voir l'historique des sondages) : le Syriza.

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur le programme du Syriza : le terme populisme revient en tête de gondole, ce programme est pour certains équivalent à la sortie de la Grèce de la zone euro.

Une seule crainte est palpable : que Tsipras, en cas de victoire, fasse une Papandréouane. Car le populisme critiqué par le PASOK et la Nouvelle Démocratie a d'abord été ... entériné par Papandréou, quand il a basé sa campagne sur "L'argent il y en a", pour retourner sa veste et appeler le FMI car "l'argent, baaah, n'en a plus" (sous entendu, merci la Nouvelle Démocratie).

Mais la situation de la Grèce a bien changé. L'austérité tue, c'est un fait. Le laboratoire grec se rebiffe et vote contre le mordorandum. Et le Syriza propose un programme centré sur la démocratie, les droits de l'humain et l'égalité entre tous.

Petit tour d'horizon du programme en 10 points.


(Ce programme est la traduction du résumé présent sur le site left.gr )

1. Créer un bouclier pour protéger la société contre la crise

  • Pas un seul citoyen, sans un revenu minimum garanti ou des prestations de chômage, des soins médicaux, une protection sociale, un logement et un accès à tous les services d'utilités publiques ;
  • Des mesures de protection et de secours pour les ménages endettés ;
  • Le contrôle et la réduction des prix, la réduction de la TVA, la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité.

2. Éliminer le fardeau de la dette

La dette est d'abord et avant tout un produit des rapports de classe et est dans son essence même inhumaine. Elle est produite par l'évasion fiscale des riches, le pillage des fonds publics et l'achat exorbitant d'armes et d'équipements militaires.

  • Un moratoire sur le service de la dette  ;
  • Une négociation pour l'annulation de la dette, avec une provision pour les fonds d'assurance sociale et la protection des petits épargnants. Cela doit être suivi en exploitant tous les moyens disponibles tels qu'un audit de contrôle et la suspension des paiements ;
  • Le règlement de la dette restante avec des dispositions pour le développement économique et l'emploi ;
  • Une réglementation européenne de la dette des Etats européens ;
  • Un changement radical du rôle de la Banque centrale européenne ;
  • L'interdiction de produits bancaires spéculatifs ;
  • Une taxe européenne sur l'impôt sur la fortune, les transactions financières et les profits.

3. Redistribution des revenus, fiscalité sur la richesse et abolition des frais inutiles

  • Réorganisation et consolidation des mécanismes de recouvrement fiscal ;
  • Imposition des fortunes de plus de 1 millions d'euros et des hauts revenus ;
  • Augmentation progressive, jusqu'à 45%, de l'impôt sur la redistribution de bénéfices ;
  • Taxation des transactions financières. Taxe spéciale sur les produits de luxe ;
  • Suppression des exonérations fiscales des armateurs et de l'Eglise orthodoxe grecque ;
  • Suppression de la confidentialité des banques et des marchands, traque à  la fraude fiscale et aux cotisations sociales ;
  • Interdiction des transactions effectuées par le biais de sociétés off-shore ;
  • Quête de nouvelles ressources via :
  • l'exploitation efficace des fonds européens ;
  • la demande remboursement des créances issus de l'occupation allemande et dee réparations allemandes de la Seconde Guerre mondiale ;
  • une forte réduction des dépenses militaires.

4.  Productivité, reconstruction sociale et environnementale

  • Nationalisation / socialisation des banques et intégration d celles-ci dans un système bancaire public sous le contrôle du social et des travailleurs dans le but de servir le développement. Le scandale de la recapitalisation des banques doit cesser immédiatement.
  • Nationalisation de toutes les entreprises publiques, d'importance stratégique, qui ont été privatisées à ce jour. Administration de ces entreprises publiques basée sur la transparence, le contrôle social et de la planification démocratique. Aide pour la fourniture de biens publics.
  • Protection et la consolidation des PME du secteur social et des coopératives.
  • Transformation écologique du modèle de développement. Cela inclut une transformation dans les secteurs de la production d'énergie, la fabrication, le tourisme et l'agriculture. Tous ces secteurs doivent être réformées selon les critères de l'abondance alimentaire et de la satisfaction des besoins sociaux.
  • Développement de la recherche scientifique et de la spécialisation productive.

5. Un emploi stable avec des salaires décents et une assurance sociale

La dégradation constante de la main-d'œuvre, couplée avec des niveaux de salaires embarrassantes n'attire pas les investissements dans le développement ni dans l'emploi.

  • Un emploi bien payé, bien réglementé et bien assuré ;
  • Un etour immédiat du salaire minimum et un retour des salaires réels dans les trois ans ;
  • Un retour immédiat des conventions collectives de travail ;
  • L'instauration de mécanismes de contrôle puissants qui protègent l'emploi ;
  • La confrontation systématique des relations de déréglementation des licenciements et du travail.

6. Plus de démocratie. Les mêmes droits démocratique et sociaux pour tous

Il y a un déficit démocratique dans le pays. La Grèce s'est progressivement transformée en un Etat policier autoritaire.

  • Une refondation de la souveraineté populaire et une mise à niveau du pouvoir parlementaire au sein du système politique ;
  • Une incitation à un système électoral proportionnel ;
  • La séparation des pouvoirs ;
  • La révocation de la loi pour la responsabilité ministérielle et l'abolition des privilèges économiques du parlementaire ;
  • Une réelle décentralisation et un gouvernement local avec des ressources et des compétences élargies ;
  • L'introduction de la démocratie directe et d'institutions d'auto-gestion sous le contrôle du social et des travailleurs à tous les niveaux ;
  • Des mesures contre la corruption politique et économique ;
  • La fondation de droits syndicaux démocratiques, politiques et commerciaux ;
  • L'amélioration des droits des femmes et  des jeunes dans la famille, au travail et dans l'administration publique ;
  • L'accélération du processus d'asile ;
  • L'abolition du règlement de Dublin II et l'octroi de papiers aux immigrants ;
  • L'inclusion sociale des immigrants et de l'égalité des droits ;
  • La réforme démocratique de l'administration publique avec la participation active des fonctionnaires ;
  • La démilitarisation et la démocratisation de la police et des garde-côtes ;
  • Le démantèlement des forces spéciales.

7. Un État-providence puissant

Les lois anti-assurance ont fait baisser les services sociaux et la chute abrupte des dépenses sociales a rendu la Grèce un pays où règne l'injustice sociale.

  • Programme immédiat de sauvetage du système de retraite qui comprend le financement tripartite et le retour progressif des portefeuilles des fonds de pension  dans un système public et universel d'assurance sociale ;
  • Hausse des allocations de chômage jusqu'à ce que le taux de substitution atteigne les 80% du salaire. Aucun chômeur ne doit être laissé sans indemnité de chômage ;
  • Introduction d'un revenu minimum garanti ;
  • Système unifié de protection sociale complet couvrant les strates sociales vulnérables.

8.  La santé : un bien public et un droit social

La santé doit être fournie gratuitement et sera financée par un système de santé publique via les mesures  suivantes (immédiates) :

  • Soutien et mise à niveau des hôpitaux ;
  • Mise à jour des infrastructures de santé de l'Assurance Sociale (IKA) ;
  • Développement d'un système intégré de soins de premier niveau médical ;
  • Arrêt des licenciements ;
  • Couverture des besoins en traitement médical (personnel et équipements) ;
  • Accès gratuit et sans coût d'un traitement médical pour tous les résidents dans le pays ;
  • Traitement pharmaceutiques et examens médicaux gratuits pour les retraités à faible revenu, les chômeurs, les étudiants et ceux qui souffrent de maladies chroniques.

9. Protection de l'éducation, de la recherche publique, de la culture et des sports des politiques du Mémorandum.

  • Consolidation de l'enseignement universel, public et gratuit ;
  • Couverture des besoins les plus urgents en infrastructure et en personnel aux trois niveaux ;
  • Ecole obligatoire jusqu'à 14 ans ;
  • Révocation de la loi Diamantopoulou (ndlr : Anna Diamantopoulou avait demandé l'abolition de la loi sur "l’asile académique", qui interdit l’accès des campus à la police. Cette abolition a été votée le 24 août 2011. On reparlait de "junte" à cette époque, puisque cette loi avait été mise en place suite à la révolte des étudiants qui avait été le point de départ de la fin de la junte militaire);
  • Consolidation de l'autonomie des universités ;
  • Préservation du caractère académique et publique des universités ;

10. Politique étrangère indépendante et engagée dans la promotion de la paix.

L'adaptation de la politique étrangère aux exigences des États-Unis et des Etats puissants de l'UE met en danger l'indépendance du pays, la paix et la sécurité.

  • Une politique étrangère multidimensionnelle et qui prône la paix ;
  • Le désengagement de l'OTAN et la fermeture des bases militaires étrangères ;
  • La fin de la coopération militaire avec Israël ;
  • L'aide aux tentatives des chypriotes de réunifier l'île ;
  • En outre, sur la base du droit international et sur le principe de résolution pacifique des conflits, poursuite d'une solution aux relations gréco-turques, d'une solution au problème de la dénomination officielle de l'ARYM et de l'identification de la zone économique exclusive de la Grèce