Archives Okeanews : mai 2012

Cela ne fait que deux semaine qu’Alexis Tsipras est sous les feux de l’actualité inter­na­tio­nale, depuis que SYRZA, sa coa­li­tion de gauche radi­cale, a créé la sur­prise en arri­vant en deuxième posi­tion aux élec­tions du 6 mai. Les gros médias euro­péens et amé­ri­cains publient donc une ava­lanche d’articles sur lui pour ten­ter de pré­sen­ter son his­toire de façon compréhensible.

Le chef du parti de gauche, âgé de 38 ans, y est pré­senté comme une star mon­tante et un ora­teur talen­tueux, un jeune char­meur qui ne porte jamais de cra­vate, et refuse l’ultimatum de l’Europe, selon lequel la Grèce ne pourra res­ter dans la zone euro que si elle accepte l’austérité. En même temps, on cri­tique son pro­gramme qua­li­fié d’irréaliste pour sor­tir la Grèce de la crise, cer­tains titres allant jusqu’à railler les ren­contres de Tsipras avec ses alliés poli­tiques de Paris et Berlin en vue de for­mer un front anti-austérité uni.

Non, les Grecs ne passent pas leur temps à glan­der. Tous les Français n’ont pas un béret et une baguette sous le bras. Et les des­si­na­teurs n’ont pas tous du talent. Connaissez-vous les Grecs ? Moi qui depuis trente ans les fré­quente et les tra­duis, je peux vous l’assurer, et une étude publiée dans Le Monde le confirme : ils ne bossent pas moins que les Allemands. Ou que les Français. Ou qu’un des­si­na­teur fort bien payé, sûre­ment, pour pondre son des­sin du jour en un quart d’heure. Ils bossent dans des condi­tions sou­vent plus dif­fi­ciles que nous, ou s’ils ne bossent pas, c’est qu’ils passent leur temps à cher­cher du bou­lot en vain. Les Grecs, voyez-vous, sont très atten­tifs au regard de l’étranger, sur­tout dans le creux de la vague où ils se trouvent. Le moindre signe de com­pré­hen­sion, d’encouragement, est pré­cieux pour eux, acca­blés qu’ils sont du mépris glacé des puis­sants. Votre petit cro­bard, de ce point de vue, est d’une cruauté aussi gra­tuite qu’imbécile.

Un nou­veau nom s’est ajouté à la longue liste des Grecs écra­sés par la crise éco­no­mique, le cau­che­mar des dettes, le chô­mage et le manque de reve­nus. Alexandros, un homme de 60 ans, s’est pendu mer­credi matin dans un parc public, juste à 2 de mètres de son domi­cile dans la ban­lieue d’Athènes de Nikaia (« Nice », en grec).
La police a trouvé une note écrite à la main dans sa poche. Il y avait expli­qué les rai­sons de son acte désespéré.

Hier, les TV grecques se sont délec­tées d’une vidéo d’Angela Merkel pla­çant Berlin en Russie.

Pour sa défense, il est vrai que la carte est vierge et ne pré­sente pas de fron­tières entre les Etats. Mais la capi­tale de son pays quand même, on la place géné­ra­le­ment au moins à l’intérieur de ses propres fron­tières non ?

Vraie erreur de Mme Merkel ou mes­sage sub­li­mi­nal en direc­tion de la Russie et/ou de l’Europe ?

En 2005, une crise ali­men­taire a frappé le Niger. Sur une popu­la­tion de 12 mil­lions d’habitants, 3,6 mil­lions souf­fraient de la faim et 800.000 enfants ont fait face à la famine. Mais les mili­tants au Niger affirment que la famine n’a pas été cau­sée par la sécheresse :

- «Il s’agit d’une famine struc­tu­relle. Une famine per­ma­nente, » dit le jour­na­liste Moussa Tchangari. « Elle a été cau­sée par 20 ans de pro­grammes d’ajustement structurel ».

L’article du Guardian de ven­dredi der­nier fait jaser en Grèce, et pour cause : Christine Lagarde (ce n’est pas nou­veau), fait encore une de ces sor­ties emplies d’une « déli­ca­tesse » cer­taine. Je reprends donc le billet de mon ami Olivier Berruyer pour par­ta­ger les pro­pos de celle qui dirige une orga­ni­sa­tion sen­sée « pro­té­ger les faibles des forts ». Cet article de plus, casse le mythe de ces grecs « qui ne paie­raient pas d’impôts ».

Sur twit­ter, un hash­tag est uti­lisé pour com­men­ter ces évè­ne­ments : #lagarde_guardian. Et ce hash­tag est très actif ! Etonnant ?

Minute cultu­relle oblige, il me fal­lait par­ta­ger le « Tsou ». Mais qu’est ce que le « Tsou » ?

Petite his­toire vécue pour expli­quer le « concept ». En grec, on dit oui avec « nai » (pro­non­cer « nè ») et non avec « Oxi » (pour la pro­non­cia­tion par contre, le « χ » étant un son par­ti­cu­lier, je vous invite à aller voir les méthodes de langue de grec moderne).

Depuis quelques jours, il y a tant de chan­ge­ments, de trans­ferts, de contre-transferts et de fusions sur la scène poli­tique grecque que c’en devient un peu confus, même pour des obser­va­teurs entraî­nés. Ce phé­no­mène pour­rait pas­ser juste pour des manoeuvres poli­ti­ciennes de la part de per­son­na­li­tés cher­chant à assu­rer leur ré-election en juin, mais si on exa­mine de près l’origine de cer­tains hommes poli­tiques, on remarque aussi une inquié­tante ten­dance : les opi­nions de per­sonnes qui, objec­ti­ve­ment, appar­tiennent à l’extrême droite se bana­lisent et se répandent.

Nous enten­dons beau­coup par­ler d’Alexis Tsipras ces der­niers temps, après son voyage en France et en Allemagne, après le fameux « Hollandréou » qui a fait gro­gner A. Samaras et E. Venizelos.

Normal, il est le lea­der de la for­ma­tion poli­tique qui fait trem­bler l’Europe et qui pour­suit sa conquête en Grèce (voir l’historique des son­dages) : le Syriza.

La vio­lence de la situa­tion qui est faite à tous ces migrants à Patras (vio­lences poli­cières, condi­tions de vie indignes, besoins vitaux non rem­plis) qui s’ajoute à la vio­lence subie avant d’arriver (dans les pays qu’ils ont fui et au cours du voyage) ne peut que finir mal. D’autant que ces vio­lences ne trouvent aucune oreille, per­son­nelle ou pro­fes­sion­nelle, pour être écou­tée, média­ti­sée, par­lée. Les pétages de plomb sont donc inévi­tables. Et la vio­lence engendre la violence.

La sécu­rité des grecs passe par une prise en compte de la souf­france de ces hommes et d’une solu­tion euro­péenne pour l’éviter. La Grèce ne peut seule assu­mer ce pro­blème qui concerne toute l’Europe. Ce qui vient de se pas­ser à Patras est le résul­tat de la poli­tique euro­péenne de « maî­trise des flux », une poli­tique mor­ti­fère et meurtrière.

Et tout le monde ne vit pas chaque point de ces échéances-là au même moment. Certains sont virés plus tard que d’autres. Certains trouvent des bou­lots de merde, d’autres n’en trouvent aucun. Certains partent s’installer chez leurs parents, d’autres se retrouvent à la rue. Certains ne peuvent plus se per­mettre d’avoir une voi­ture et d’autres ne peuvent plus se per­mettre de don­ner tous les jours quelque chose à man­ger à leurs enfants. Certains émigrent et d’autres se sui­cident. Au début, cer­tains espé­raient que l’échéance ne les attein­drait pas. Ils se conten­taient d’attendre. Mais vint avec le temps la conscience que le temps, dans cette échéance, passe inexo­ra­ble­ment, se rap­proche d’eux, les menace, menace leur vie.

Des vio­lences ont eu lieu à Patras, à l’ouest de la Grèce dans le Péloponnèse. La police aurait déclaré la situa­tion « hors de contrôle ».

Il semble que 5 per­sonnes aient été bles­sés, dont un député néo-nazi de l’Aube dorée, ainsi que 2 poli­ciers. Le jour­na­liste qui a tenté de le pro­té­ger aurait lui aussi été blessé.

Plus tôt dans la jour­née, des membres du parti néo-nazi l’aube dorée sont arri­vés à Patras en bus. Patras est une ville ou la pré­sence de réfu­giés clan­des­tins est forte, car elle héberge le port grec qui fait la liai­son avec l’Italie (liai­son Patras — Ancone). Beaucoup se retrouvent coincé à Patras, dans des condi­tions de vie déplo­rables, et espèrent pou­voir rejoindre l’Italie.

Brève : le Syriza a déposé les docu­ments à la court suprême afin de se décla­rer en tant que parti, et non plus comme un ras­sem­ble­ment de diverses cou­leurs poli­tiques. C’est la seule manière pour la for­ma­tion de la gauche radi­cale de pou­voir obte­nir les 50 sièges de « bonus » réservé au pre­mier lors des élec­tions et espé­rer obte­nir une majo­rité au parlement.

Seul para­doxe : le Syriza sou­haite jus­te­ment sup­pri­mer cette loi qui favo­rise le pre­mier parti élu aux élec­tions. Il semble donc que pour que cette loi soit remise en cause, il est néces­saire d’en être (le der­nier ?) bénéficiaire.

Panique ou pas panique ban­caire ? « Bank run » ou non ? Les Grecs se jettent-ils sur les dis­tri­bu­teurs pour reti­rer toutes leurs éco­no­mies ? Achètent-ils des coffres-forts par paquets de cent ? L’éconaute a mené l’enquête, bas­kets au pied.

(…)

Alors, panique ou pas ? Le mieux est de poser la ques­tion aux Grecs qui suivent de près l’actualité, comme Okeanews par exemple (déjà ren­con­tré dans cette chro­nique). De retour à Athènes depuis le début du mois, il a lui aussi testé les gui­chets à l’annonce des gros chiffres de retraits. Mais pas de queue, pas de foule, pas de panique. Une de ses amies, très active sur le web, a même été contac­tée par la BBC pour prendre des pho­tos des dis­tri­bu­teurs pris d’assaut : « Elle m’a dit en avoir fait 7, avoir retiré 50 euros à chaque fois, et à chaque fois elle était seule. Au final elle a replacé l’argent sur son compte. » Pour lui, ça ne fait aucun pli : « Le Président Papoulias a voulu mettre la pres­sion aux chefs des par­tis poli­tiques en disant atten­tion les gars, les banques sont très mal, j’ai eu le gou­ver­neur et il est très inquiet, reve­nez à la rai­son, faites donc une coa­li­tion gou­ver­ne­men­tale ça fera plai­sir à l’Europe. A mon avis c’est de l’intox de plus. Pour preuve, le démenti de la Banque sur un soi-disant gel des retraits ban­caires. » Un gel des retraits ? En effet, et le JT de France 2 se concluait ainsi : des rumeurs cir­cu­laient sur la mise en place d’une limi­ta­tion des retraits. Le jour­na­liste avan­çant même le chiffre de 1000 euros par mois et par personne.

« Je viens de vision­ner l’émission telle qu’elle a été dif­fu­sée et j’en crois pas à mes yeux : le pas­sage où je disais que l’aide accor­dée à la Grèce a été en réa­lité une aide aux créan­ciers du pays, et que les plans de sau­ve­tage suc­ces­sives ont été conçus pour pro­té­ger les créan­ciers d’un défaut éven­tuel de la Grèce, tout en plon­geant le pays à une réces­sion de l’ordre de 20% et en le menant tout droit à la faillite, a tout sim­ple­ment dis­paru ! Si vous regar­dez atten­ti­ve­ment, vous consta­te­rez les traces de cou­pure par des enchaî­ne­ments assez abrupts et la non flui­dité de la parole après la pre­mière inter­ven­tion de Benjamin Coriat. »

Alexis Tsipras était en France hier pour ren­con­trer le Front de gauche. Il sera aujourd’hui en Allemagne pour ren­con­trer les cadres de « Die Linke ». A la recherche d’appuis en Europe, Alexis Tsipras est dans une volonté d’expliquer le réel pro­gramme du Syriza, bien loin des mythes (encore !) qui ont cir­culé un peu partout.

Lorsque la Grèce a annoncé mardi qu’elle exé­cu­te­rait le paie­ment de 436 mil­lions € aux inves­tis­seurs qui avaient refusé l’accord his­to­rique de restruc­tu­ra­tion volon­taire de la dette du pays en mars, la déci­sion ne sus­cita aucune sur­prise. Après tout, avec un gou­ver­ne­ment en pleine déban­dade et des inves­tis­seurs méfiants envers tout ce qui touche à la Grèce, il aurait été mal­venu de choi­sir ce moment pré­cis pour encore empi­rer les choses en fai­sant défaut sur le paie­ment de ces obligations.

Ce qui est nou­veau, c’est la des­ti­na­tion de la quasi-totalité de cet argent. Presque 90% sont allés direc­te­ment dans les coffres de Dart Management, un fond d’investissement très dis­cret basé aux îles Caïman, selon des per­sonnes qui ont connais­sance de la tran­sac­tion de manière directe.

La der­nière nou­veauté grecque : une AMAP en ligne. Le même sys­tème qu’en France, mais déployé à grande échelle via une pla­te­forme inter­net. Gine Agrotis pro­pose un abon­ne­ment pour les agri­cul­teurs qui sou­haitent vendre sans inter­mé­diaire et un abon­ne­ment pour les futurs clients.

Voici le pre­mier mythe : Cette crise vient de Grèce. Ce n’est pas le cas. Elle n’est que l’inévitable retom­bée de la crise mon­diale qui a débuté en 2008.

Y a-t-il des carac­té­ris­tiques de l’économie grecque qui l’a rendu par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rable? Oui — il y a une cor­rup­tion ram­pante, une mau­vaise ges­tion, des pro­blèmes sys­té­miques, un mar­ché noir. Tout cela a été explo­rée ad nau­seam. Il y a d’autres fac­teurs, aussi, rare­ment men­tion­nés. La crise est sur­ve­nue à un moment par­ti­cu­liè­re­ment mau­vais pour la Grèce — quatre ans après que cette petite éco­no­mie soit sur­char­gée pour mettre en place les Jeux Olympiques géant et prou­ver au monde qu’elle avait «réussi». Lorsque la crise est arri­vée, le pays ne dis­po­sait pas des méca­nismes moné­taires et bud­gé­taires pour y faire face, en rai­son de son appar­te­nance à la mon­naie unique.

Aujourd’hui, Angela Merkel a appelé le pré­sident grec Papoulias.

Une décla­ra­tion du bureau du pré­sident affirme qu’après avoir parlé avec M. Papoulias par télé­phone, le Premier ministre a com­mu­ni­qué avec les diri­geants des par­tis pour les infor­mer sur la conver­sa­tion avec la chan­ce­lière alle­mande Angela Merkel.

Elle a éga­le­ment trans­mis au Président de la République ses pen­sées au sujet de la tenue d’un réfé­ren­dum paral­lèle aux élec­tions sur la ques­tion de savoir si les citoyens grecs sou­haitent res­ter dans la zone euro. Il est évident néan­moins que la ques­tion dépasse la por­tée du gouvernement.

Depuis, un démenti du gou­ver­ne­ment alle­mand a été pro­noncé concer­nant cette pro­po­si­tion de réfé­ren­dum. Et un démenti au démenti a été pro­noncé par la mai­son pré­si­den­tielle grecque.

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